18/05/2017

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28/12/2006

 Chant d'urnes

 

 

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Le monde regorge d’images qui, toutes, s’essayent à dire, défendre, pleurer, vendre ou s’extasier. Mais, sourdes les unes aux autres, elles ne produisent rien tant qu’un brouhaha de sens. Bien malin qui y trouve le sien. Bien malin qui ne sort pas de cette cacophonie épuisé, essoré par tant de stimuli.

 

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Le monde regorge aussi d’objets qui, tous, s’habillent à grands bruits de formes et de couleurs, promettant identité et félicité à qui les possèdera.  Mais aussitôt acquis, tous se renient et, dans la cuisine ou ailleurs, où ils comptent déjà tant de synonymes, ils ne disent plus qu’eux-mêmes: la vanité de leur nombre, l’inutilité de leur fonction désormais dépouillée de rêves. 

 

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Le bol, c’est autre chose.  Expression élémentaire du creux, degré zéro du contenant, il n’impose rien. Truchement de tous les possibles - café, rognures d’ongles, épingles ou menue monnaie - il attend, silencieux, qu’on lui assigne un rôle, qu’on le remplisse de quelque chose et par-là de sens. Le bol, c’est l’enfance du sens, un temps d’avant le verbe auquel seul le sot s’empresse d’assigner une fin, un présent qu’il convient d’apprécier à sa juste lenteur.

 


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La boîte, c’est la version avisée du bol. Le temps fait ici son entrée en matière. De l’immédiat on passe au différé. Du truchement on passe à la conserve. Matrice de tous les avenirs,  la boîte est par là même boîte à énigmes. A peine assigné, son contenu disparaît au regard, celé sous le couvercle. Le doute aussitôt s’installe: a-t-on bien vu ? Et si l’on n’a pas vu, surgit l’irrésistible tentation de voir même si l’on sait la déception certaine. La boîte, c’est le sens tenu secret, une promesse que seul le fou s’empresse d’ éprouver, un espoir qu’il convient d’apprécier à sa juste candeur. 

 

 

 

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L’urne, enfin, c’est la version égarée du bol, la parodie affolée de la boîte. Métonymie d’un tout à partir de rien ou presque, elle dit ce qu’elle ne contient pas et ne séjourne plus qu’en nos mémoires: couleurs, odeurs, matières, sons et saveurs, fragments d’une vie et d’un temps à jamais révolus. Matrice de tous les souvenirs, elle chuchote un récit que l’on connaît par cœur mais que l’on ne se lasse pas d’entendre. L’urne, c’est la gardienne désarmée d’un sens qui a eu lieu et que seul plus fou encore s’empresse d’enfouir, un leurre qu’il convient d’apprécier à sa juste grandeur.

Pascale De Visscher

 

 

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